Charles Blistin Compact Disc

€ 6.00

French lofi Folk. 

 

 De la Belgique, on connaissait les poncifs et les clichés, l’image d’un pays plat comme l’horizon et le cul entre plusieurs frontières. Derrière ces images d’Epinal et les paysages vallonnés sur quelques centaines de kilomètres, on n’avait pas encore trouvé la bande-son idéale pour décrire la beauté des voyages en solitaire. Entre folk dépouillé et routes craquelées à la Cormac McCarthy, Charles Blistin fait enfin souffler le vent dans une autre direction. Né en 1986, bien longtemps après ses idoles, le jeune Charles Blistin n’en est pourtant pas à son premier aller-retour. Biberonné - comme beaucoup de bébé rockeurs, au doux son des radios anglaises, Charles s’initie rapidement au rock indie avec The Tellers, signés en 2006 chez 62TV Records (Girls in Hawaii, Malibu Stacy, Austin lace, etc) et auteurs de deux albums remarqués par la presse belge et française. Surement lassé du poum-tchak des batteries et des tournées sans fin, Blistin quitte l’aventure en 2009, et quand son ancien groupe prend l’autoroute, lui s’embarque sur des sentiers plus personnels. 

Le résultat, c’est un premier disque éponyme, une échappée en solo qui brasse mélancolie, spleen et guitares sèches comme un été à Memphis. Enregistré sur un 4-pistes à l’abri des regards, les huit chansons dessinées par Blistin ont aujourd’hui le physique des squelettes : désarticulées, pas toujours justes, écrites en instant writing et loin des poses. Ballades bipolaires alternant chaleur des harmonicas et errances brumeuses en arpèges, la comparaison avec le low-fi de Daniel Johnston est tentante, les visions du mal-être adolescent jamais loin. Plus que jamais, le génie mélodique de Blistin tient à ces petits riens qui font tout, ces harmonies qui tiennent sur le fil d’une corde Dylanienne, toujours prêtes à casser et pourtant solides. Song(e)writer solitaire, Blistin délivre une poignée de chansons à la réverbération naturelle (« Paradis»), d’autres qui feront penser aux panoramas mystique de Vincent Gallo (« Aveu à dieu ») et un tout qui n’est pas sans suggérer un portrait de Syd Barrett, posé sur la table de chevet avec ses yeux troubles levés vers le ciel. 
Album de confessions d’automne, Charles Blistin s’immisce dans le quotidien tourmenté de l’auteur, sans artifices mais pas sans pudeur. Ici, un instrumental (« Accoustine ») qui évoque le folk anglais des sixties, là bas des sursauts plus rythmés (« Le réveil ») : illustrer Kerouac en musique semble ne jamais avoir été aussi simple et abrupte à la fois. Ne reste plus qu’à tourner le bouton de l’autoradio sur la bonne fréquence, puis fermer les yeux en desserrant la ceinture. Mixées par Kramer, le pape de l’underground (Daniel Johnston, Galaxie 500, Will Oldham), les mélodies de Blistin prennent en éclat ce qu’elles cachent en beauté. Signé chez Freaksville par un heureux hasard – Miam Monster Miam cherchait les crédits du film « Story Tellers », il tombera sur le story telling du ténébreux solitaire, Charles Blistin livre un bel album de chansons franco-belges illustré par Jad Fair. Une histoire sans vrais (pré)textes pour de longs voyages, les souvenirs en bandoulière et la tête un peu désaccordée.

 

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